Il fut un temps où je me perdais à tenter d’expliquer chacun de mes choix. Où chaque regard un peu de travers devenait un tribunal silencieux dans ma tête. Où j’imaginais qu’en parlant avec le bon ton, les bons mots, les bonnes intentions, je finirais par être compris.
J’avais tort. Pas parce que mes paroles étaient mauvaises, mais parce que certaines personnes n’écoutaient pas pour comprendre. Elles écoutaient pour confirmer ce qu’elles avaient déjà décidé de penser. Et dans ces cas-là, tu peux parler pendant des heures, tu t’épuises dans le vide. Tu as beau démontrer, nuancer, t’ouvrir le cœur en deux… ça ne change rien. Parce que la vérité, c’est que certaines personnes n’entendent que ce qu’elles veulent entendre. Le reste, elles le filtrent, le déforment ou l’ignorent.
Un jour, j’ai compris que me justifier devenait une façon de mendier l’acceptation. Et cette prise de conscience m’a fait l’effet d’une gifle douce mais libératrice. J’ai réalisé que plus je m’expliquais, plus je donnais du pouvoir à ceux qui ne méritaient même pas de me questionner. Depuis, je suis devenu plus silencieux, mais pas moins vrai. Je parle quand ça en vaut la peine. Je partage avec ceux qui cherchent à comprendre. Mais je ne gaspille plus mon énergie à tenter de convaincre les sourds volontaires. Ce n’est ni de l’arrogance, ni de la fuite : c’est un acte de respect envers moi-même.
Se justifier, c’est souvent une source de stress inutile
Tu sais ce que ça coûte, de toujours devoir te justifier ? Ça use. Mentalement, émotionnellement, physiquement même. Ça te vide. C’est comme courir un marathon chaque fois que tu fais un pas qui sort des sentiers battus. Chaque écart par rapport à la norme devient une explication à fournir. Et ce poids-là, à force de le porter, il t’épuise.
« Ne perds pas ton temps à t’expliquer. Les gens entendent ce qu’ils veulent entendre. » – Paulo Coelho
Pourquoi ? Parce que se justifier, c’est souvent chercher à combler une attente, à réparer une incompréhension, à désamorcer un jugement. Et tout cela repose sur une chose que tu ne contrôles pas : la perception des autres. Tu pourrais être la personne la plus droite, la plus sincère, la plus cohérente du monde… quelqu’un trouvera toujours le moyen de t’accuser, de mal interpréter ou de projeter ses insécurités sur toi. Et si tu passes ta vie à répondre à ça, tu n’as plus de place pour vivre. Tu passes ton temps à te défendre au lieu de t’affirmer.
D’ailleurs, une étude publiée dans Personality and Social Psychology Bulletin démontre que les individus qui se sentent constamment jugés ont tendance à développer davantage d’anxiété sociale, à perdre en estime personnelle et à douter de leurs choix même les plus anodins. En clair : plus tu vis sous le regard des autres, plus tu t’abandonnes à toi-même.
« Le besoin d’être compris est souvent une prison invisible. » – Carl Jung
Le problème n’est pas que tu expliques ton point de vue. Le problème, c’est quand tu le fais non pas pour partager, mais pour te justifier auprès de gens qui, de toute façon, ne veulent pas te comprendre. Là, tu entres dans un cercle vicieux où plus tu te justifies, moins tu es libre.
Les raisons invisibles qui nous poussent à toujours nous justifier
Tu ne t’es jamais demandé pourquoi on ressent souvent le besoin de se justifier ? Pourquoi on n’arrive pas à dire simplement « c’est mon choix » sans avoir cette boule au ventre qui nous pousse à nous expliquer en long, en large et en travers ? Ce n’est pas anodin. Ce besoin vient souvent de blessures profondes.
La première, c’est la peur du rejet. Depuis l’enfance, on nous apprend qu’il faut être aimé pour être en sécurité. Alors on apprend à plaire. À s’expliquer. À se conformer. Et plus tu grandis dans un environnement où on te remet en question, plus tu développes ce réflexe : te justifier devient une manière de survivre socialement. C’est un réflexe de protection.
La deuxième, c’est le syndrome de l’imposteur. Quand tu doutes de ta valeur, tu sens que tu dois toujours prouver que tu mérites d’être là. Alors tu expliques tout. Tu racontes ton intention, tu anticipes les malentendus, tu marches sur des œufs. Tu vis dans l’idée que quelqu’un va finir par te démasquer. Et pour éviter ça, tu prends les devants. Tu t’excuses presque d’exister.
La troisième, c’est le conditionnement culturel. On vit dans une société où l’on confond « affirmation de soi » avec « arrogance ». Du coup, quelqu’un qui s’impose sans justification est perçu comme hautain. On a érigé la justification en forme de politesse. Sauf que ça devient une forme de soumission déguisée. Tu n’as pas à te faire petit pour être respecté.
Mais ce que tu dois comprendre, c’est que ton besoin de te justifier ne parle pas toujours de l’autre. Il parle souvent de toi. De tes blessures. De ton besoin d’approbation. De ton manque de confiance. Et c’est là que tu dois commencer à guérir.
Apprends à être assertif : il n’est pas toujours utile de te justifier
Être assertif, c’est trouver l’équilibre parfait entre affirmer ce que tu es et respecter l’autre. Ce n’est ni dominer, ni fuir. C’est dire « je suis comme ça » sans agressivité, mais sans t’excuser non plus. Et cette posture-là, elle te libère.
« T’expliquer, c’est déjà te soumettre au regard de l’autre. » – Jacques Salomé
Tu n’as pas à crier ta vérité. Tu n’as pas à la vendre non plus. Tu as juste à la vivre, calmement, pleinement. Et si quelqu’un te remet en question, tu as le droit de répondre… mais tu as aussi le droit de ne pas le faire. Ce n’est pas une obligation morale de justifier ton choix de vie, ton style vestimentaire, ta vision du couple, ta manière de penser. Ce n’est pas une obligation de te justifier d’aimer qui tu aimes, de croire en ce que tu crois, ou d’avoir changé de cap. Tu as ce droit fondamental de vivre en accord avec toi-même.
Le secret de l’assertivité, c’est de rester aligné. Quand tu es au clair avec tes intentions, tu ne ressens plus ce besoin viscéral de te justifier. Tu ne laisses plus les projections des autres t’atteindre. Tu les vois pour ce qu’elles sont : des perceptions, pas des vérités.
Et surtout, tu fais confiance à la vie. Parce que ceux qui doivent vraiment être dans ta vie ne te demanderont pas constamment de te justifier. Ils t’écouteront. Ils chercheront à comprendre. Ils auront cette ouverture qui rend les explications naturelles, et non nécessaires. Le reste ? Ce sont des bruits de fond.
La paix intérieure commence quand tu arrêtes de te défendre
Il y a une forme de paix que tu n’atteindras jamais tant que tu cherches à convaincre les mauvaises personnes. C’est une paix qui vient avec le lâcher-prise. Pas celui de la défaite, mais celui de la maturité. Celui où tu comprends que tout le monde n’a pas besoin de t’aimer, ni même de te comprendre.
Tu n’as pas été mis sur cette Terre pour cocher toutes les cases des attentes extérieures. Tu es là pour expérimenter, pour créer, pour apprendre, pour tomber et te relever. Et dans ce chemin-là, certains ne te suivront pas. Certains te jugeront. D’autres partiront. Et c’est parfait comme ça. Parce que tu ne veux pas construire ta vie sur la peur du rejet. Tu veux la construire sur la solidité de ton être.
« N’explique jamais. Tes amis n’en ont pas besoin et tes ennemis ne te croiront jamais. » – Elbert Hubbard
Quand tu arrêtes de te justifier, tu reprends du pouvoir. Tu rétablis une frontière saine entre ce que tu es et ce que les autres projettent. Tu laisses les autres avec leurs interprétations, leurs filtres, leurs limites… et tu avances. Tu vis. Tu respires enfin.
Et tu découvriras une vérité magnifique : ce n’est pas ton silence qui blesse, c’est leur incapacité à l’accepter. Mais ce n’est pas ton problème. Ton rôle n’est pas d’éclairer la conscience de ceux qui ont décidé de rester dans l’ombre. Ton rôle est d’être vrai. De rayonner. Et d’avancer avec ceux qui respectent ta lumière.
Ne passe pas ta vie à te défendre contre des attaques qui ne t’appartiennent pas
Tu n’es pas responsable des interprétations erronées des autres. Tu n’es pas coupable d’être différent. Et tu n’as pas besoin d’un procès chaque fois que tu choisis un chemin hors norme.
Se justifier peut être un acte d’amour. Mais ça peut aussi devenir un piège. Si tu sens que tu expliques plus pour calmer les autres que pour te relier à eux, pose-toi une question essentielle : à quoi bon ? Et surtout : à quel prix ?
La liberté commence quand tu t’autorises à être. Entièrement. Sans avoir à plaider ta cause à chaque pas. C’est un apprentissage. Un muscle à renforcer. Mais chaque fois que tu choisis le silence là où tu aurais jadis argumenté, tu te rapproches de toi. Et ça, c’est inestimable.